Sophia

16/5/2009

Inutile et nécessaire Métaphysique !

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« Il est très vrai… que la métaphysique n’est d’aucun usage dans le rendement de la science expérimentale… Rien à attendre d’elle à ce point de vue. On ne laboure pas dans le ciel… La métaphysique exige une certaine purification de l’intelligence; elle suppose, aussi une certaine purification du vouloir, et qu’on a la force de s’attacher à ce qui ne sert pas, à la Vérité inutile.

Rien n’est cependant plus nécessaire à l’homme que cette inutilité. Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de vérités qui nous servent, c’est d’une vérité que nous servions. Car c’est la nourriture de l’esprit et nous sommes esprit par la meilleure partie de nous-mêmes. L’inutile métaphysique met l’ordre, — non un quelconque arrangement de police, mais l’ordre jailli de l’éternité, — dans l’intelligence spéculative et pratique. Elle rend à l’homme son équilibre et son mouvement, qui est, comme on sait, de graviter par la tête au milieu des étoiles, suspendu à la terre par les deux jambes. Elle lui découvre en toute l’étendue de l’être les valeurs authentiques et leur hiérarchie. Elle centre son éthique. Elle tient dans la justice l’univers de sa connaissance, assurant les limites naturelles, l’harmonie et la subordination des diverses sciences… La métaphysique nous installe dans l’éternel et l’absolu, nous fait passer du spectacle des choses à la connaissance de la raison, — plus ferme en elle-même et plus assurée que les certitudes mathématiques, quoique moins à notre portée, — à la science de l’invisible monde des perfections divines déchiffrées dans leurs reflets créés.

La métaphysique n’est pas un moyen, c’est une fin, un fruit, un bien honnête et délectable, un savoir d’homme libre, le savoir le plus libre et naturellement royal, l’entrée dans les loisirs de la grande activité spéculative, où l’intelligence respire, posée sur la cime des causes. »

Jacques Maritain, Les Degrés du Savoir, Desclée de Brouwer, 1932, p. 8, 9, 10, 11.

Il faut un but

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« Nous avons en nous une force énorme de sentiments moraux, mais aucun but qui pourrait les satisfaire tous. Ces sentiments se contredisent les uns les autres : ils ont pour origine des tables de valeurs différentes.

Il y a une force morale prodigieuse, mais il n’y a plus de but; où toute la force pourrait être utilisée.

Tous les buts sont détruits. Il faut que les hommes s’en assignent un. C’était une erreur de croire qu’ils en possèdent un : ils se les sont tous donnés. Mais les conditions premières pour tous les buts d’autrefois sont aujourd’hui détruites.

La science montre le cours à suivre, mais non pas le but : elle pose cependant les conditions premières auxquelles le nouveau but devra correspondre. »

F. Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, trad. Henri Albert, Merc. de Fr., 1943, p. 384.

le contact avec la réalité humaine

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« Une raison qui ne donne raison qu’aux mathématiques fournit par là même la preuve qu’elle a perdu le contact avec la réalité humaine et se développe à la manière du « géométrisme morbide» décrit parles psychiatres dans le cas de certains malades, entraînés par le vertige d’un raisonnement à vide, sans mesure avec la situation réelle. Le philosophe lâche la proie pour l’ombre lorsqu’il accepte le squelette émacié d’une réalité dépouillée par le savant de toute sa densité concrète. Plus exactement, le philosophe commet ici une erreur dont le savant s’est soigneusement gardée : le savant se cantonne dans son domaine et ne prétend pas substituer ses schémas à la réalité quotidienne. La technique ne fait autorité que dans les limites du champ expérimental préalablement délimité, de sorte que l’affirmation vraie dans la bouche du savant peut devenir absurde lorsque le philosophe l’applique sans discernement. En somme, si le philosophe se contente de répéter l’affirmation du savant, on ne voit pas à quoi sert son intervention. Mais s’il ajoute quoi que ce soit de son cru aux résultats obtenus par la science, il a tout lieu de penser qu’il se trompera, ainsi qu’il est arrivé à Kant, lorsqu’il a donné une valeur définitive à la physique de Newton, simple étape dans l’histoire de la science. » G. Gusdorf, Traité de Métaphysique, Paris, A. Colin, 1956, p. 92.

« Les découvertes les plus extraordinaires de la physique en appellent toujours à une instance métaphysique, dans la mesure où elles demandent chaque fois à être reclassées dans l’humain. La science n’est pas juge d’elle-même et le savant qui sort triomphant de son laboratoire se trouve parfois désorienté en face des conséquences incalculables que la recherche pure peut entraîner pour le bonheur ou le malheur des hommes. Tel fut le cas des mathématiciens, physiciens et techniciens de haute valeur qui collaborèrent à la mise au point de la bombe atomique, lorsqu’ils prirent conscience des significations possibles de leurs interventions pour l’avenir de l’espèce humaine. Certains d’entre eux faillirent en perdre la raison; d’autres donnèrent la preuve d’une instabilité morale qui leur valut certaines aventures judiciaires éclatantes. Ces réactions signifiaient que les hommes de science en question découvraient, sous les espèces d’un cas concret particulièrement frappant, l’existence de la métaphysique. Ils faisaient à leur manière l’expérience de l’ « émerveillement inaugural ». En fait, chaque fois qu’une découverte nouvelle remet en question l’équilibre de la civilisation, par-delà les problèmes techniques, l’interrogation métaphysique intervient avec la nécessité d’un rajustement des valeurs établies. » (G. Gusdorf, Traité…, p. 97.)

« La belle assurance des résultats scientifiques masque des incertitudes fondamentales. A se laisser dévoyer, le métaphysicien ne gagnerait que de voir se lever pour lui des difficultés supplémentaires tout en oubliant sa tâche essentielle… L’homme du métaphysicien est ensemble celui du physiologiste, de l’historien, du psychologue, du médecin, c’est-à-dire qu’il échappe au physiologiste, au psychologue, au médecin. Il ne saurait donc y avoir de conflit de compétence : le savant a toujours raison contre le métaphysicien, dans les limites de sa spécialité, et par exemple, le métaphysicien ou le théologien qui prétendent connaître l’astronomie mieux que Copernic ou Galilée, la biologie mieux que le biologiste, se ridiculisent à jamais. Inversement le métaphysicien a toujours raison contre le savant lorsque le savant, inconscient de ses limites, prétend faire de la métaphysique… Le biologiste, le médecin s’égarent lorsqu’ils se figurent que leur objet d’expérience est l’homme intégral. Ils opèrent sur un organisme dont les déterminations objectives fournissent seulement certains éléments au départ de la réalité humaine. Le philosophe est l’homme de la totalité, de la composition d’ensemble où toutes les significations sont reprises et arbitrées en fonction de la personne. » (G. Gusdorf, ib., p. 101.)

La métaphysique engagée

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« …une grave erreur qui a lourdement pesé sur l’idée qu’on s’est faite trop longtemps de la philosophie, et qui a contribué à frapper celle-ci de stérilité : cette erreur a consisté à imaginer que le philosophe en tant que tel n’avait pas à se préoccuper du cours des événements, son rôle étant au contraire de légiférer dans l’intemporel et de considérer les faits contemporains avec l’indifférence dédaigneuse que témoigne en général le promeneur à l’agitation d’une fourmilière. On pourrait naturellement être tenté de croire que l’hégélianisme et la philosophie marxiste ont à ce point de vue sensiblement modifié les perspectives. Ceci n’est cependant vrai que jusqu’à un certain point, tout au moins pour les représentants actuels de ces doctrines.

Un marxiste orthodoxe accepte sans critique sérieuse l’extrapolation audacieuse à laquelle a procédé son maître en universalisant les conditions que lui révélait l’analyse de la situation sociale en son temps dans les pays qui venaient d’être affectés par la révolution industrielle. Ajoutons qu’il part de l’idée indéterminée et psychologiquement vide d’une société sans classe pour critiquer la société existante. A cet égard il ne serait pas exagéré de dire qu’il se place lui-même dans la pire espèce d’intemporel, l’intemporel historique, et c’est ce qui lui permet de décider si tel événement ou telle institution est ou non conforme à ce qu’il appelle le sens de l’histoire. Je pense au contraire qu’une philosophie digne de ce nom s’attache à une situation concrète donnée pour en saisir les implications et ne manque pas de reconnaître la multiplicité presque imprévisible des conjonctures auxquelles peuvent donner lieu les facteurs que son analyse a découverts.

On peut dire d’une façon tout à fait générale que le refus de réfléchir qui est à l’origine d’un si grand nombre de maux contemporains, est lié à l’emprise que le désir et surtout la crainte exercent sur les hommes — et sur ce point il est trop clair que les grandes doctrines intellectualistes et en particulier le spinozisme trouvent à présent de douloureuses confirmations. Au désir et à la crainte, sans doute faudrait-il ajouter la vanité sous toutes ses formes, et je pense avant tout à celle des spécialistes, des prétendus experts. Ceci est vrai, par exemple dans l’ordre pédagogique, au moins en France, mais sûrement pas exclusivement en France. » G. Marcel, Le mystère de l’être, t. I, Aubier, 44-45.

La métaphysique inavouée

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« Le positivisme prétend faire l’économie de tout jugement de valeur et recourir exclusivement aux jugements de réalité indubitables fournis par une expérimentation méthodique. Mais il est bien obligé de recourir à un jugement de valeur initial, celui par lequel est adopté une dimension d’intelligibilité à l’exclusion de tout autre. Ce choix premier du plan de clivage scientifique ne peut pas lui-même se justifier scientifiquement. »

« Tout au plus s’autorise-t-il (ce choix) de considérations pragmatiques d’utilité, d’efficacité, qui peuvent elles-mêmes apparaître fort contestables. Le « physicalisme » s’appuie donc sur une « métaphysique » implicite, dont il est sans cesse accompagné, par exemple lorsqu’il considère comme discrédité a priori tout ce qui relève de l’émotion, de l’art ou de la littérature. Il est clair qu’une certaine conception de la vérité et de l’homme se trouve ici présupposée sans justification suffisante. » G. Gusdorf, Vers une métaphysique, cahier II, p. 9.

La métaphysique congédiée

Classé dans: — admin @ 7:09 pm

« A Bonaparte qui l’interrogeait sur ses conceptions et lui demandait ce qu’il faisait de Dieu, Laplace répondit qu’il n’avait que faire de cette « hypothèse » sans fondement scientifique. Le rejet de toute transcendance désigne donc un nouvel humanisme pour lequel le métaphysicien comme le théologien ne sont que des bouches inutiles. Ils ne peuvent d’ailleurs qu’égarer la recherche positive, de sorte que, au bout du compte, leur influence est néfaste. Déjà les bons esprits du XVIIIe siècle, ne pouvant les proscrire, s’employaient avec Voltaire, à les ridiculiser. D’Alembert constate cette dépréciation constante de la métaphysique et du métaphysicien : « Je ne doute point, écrit-il (Disc, préliminaire à l’Encyclopédie, 117) que ce titre ne soit bientôt une injure pour nos bons esprits, comme le nom de sophiste, qui pourtant signifiait sage, avili en Grèce par ceux qui le portaient, fut rejeté par les vrais philosophes ». Le pronostic devait être vérifié par l’événement : l’appellation même de métaphysique tend à disparaître de l’usage au XIXe siècle et les programmes universitaires du XXe siècle substituent à ce vocable périmé l’expression prudente de « philosophie générale » qui à vrai dire ne signifie rien, et semble surtout destinée, par sa modestie, à détourner des soupçons toujours menaçants.

La métaphysique ne cherche plus qu’à se faire oublier. Elle est cantonnée dans une de ces « réserves », territoires sans valeur où les peuples civilisateurs relèguent après la victoire les débris des populations indigènes, à la fois camp de concentration et musées folkloriques. La connaissance positive, les méthodes rigoureuses de la science occupent tout l’espace utile » (G. Gusdorf, Vers une métaphysique, p. 7).
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L’interrogation ou la question suprême

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Isaïe, 40,18-22 (le Prophète sémite s’exprime en poète-philosophe, comme Parménide)

« D’après qui pourriez-vous imaginer Dieu? (l’objet véritable de la question !)
et quelle image pourriez-vous en offrir?
Un fondeur coule la statue. (les analogies, avec le danger qu’elle comporte de substituer au vrai Dieu les « images » idolâtriques…)
Un orfèvre la recouvre d’or
et fond des chaînes d’argent.
Un sculpteur habile lui cherche
du palmier précieux
choisit du bois qui ne pourrit pas
pour fabriquer une statue solide.
Ne le saviez-vous pas? (appel à la « connaissance » et à la tradition)
Ne l’aviez-vous pas entendu dire?
Ne vous l’avait-on pas révélé depuis l’origine?
N’avez-vous pas compris la fondation de la terre?
Il habite au-dessus du cercle de la terre,
dont les habitants paraissent comme des sauterelles. »
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